Psychomotricienne au sein de l’IME La Vicoignette, Maude Dupont consacre son travail à l’accompagnement des jeunes en s’appuyant sur une approche profondément humaine. Passionnée par la médiation animale, elle intègre, lorsque cela fait sens, la présence d’un chien dans ses séances afin de favoriser l’apaisement, la communication, la motivation ou encore l’expression des émotions.
Dans cet entretien, Maude revient sur son parcours, sa vocation et la manière dont elle construit chaque jour un accompagnement sur mesure, respectueux des besoins des jeunes comme de ceux des animaux qui l’accompagnent.
J’ai suivi un parcours plutôt classique. Après le lycée, j’ai passé le concours de psychomotricité que j’ai obtenu à l’ISRP de Paris.
A partir de ma deuxième année, j’ai réalisé mes études en alternance au sein d’un IMPro dans l’Aisne. Cette expérience a été riche car j’ai beaucoup travaillé en équipe avec des enfants atteints de TSA mais également d’autres pathologies diverses et variées.
A la fin de mes études, j’ai été embauchée au sein de l’association dans laquelle j’avais réalisé mon alternance à mi-temps à l’IMPro et à mi-temps à l’IME de cette même association. J’ai beaucoup apprécié de travailler avec ce type de public, c’est pourquoi, lorsque je suis revenue dans le Nord, j’ai naturellement postulé dans des IME. J’ai donc été embauchée à temps plein en 2018 à l’IME La Vicoignette où j’accompagne principalement les enfants, adolescents et jeunes adultes âgés entre 12 et 20 ans.
Depuis très jeune, j’ai toujours eu à cœur de prendre soin des autres et plus particulièrement des personnes en difficulté. Cette envie, ce besoin est finalement une vocation familiale et c’est grâce à ma famille que j’ai découvert le métier de psychomotricienne.
J’ai tout de suite été attirée par la diversités et les possibilités d’accompagnements mais également par le large public auprès duquel la psychomotricité pouvait être utile.
Je me suis intéressée très tôt à la médiation par l’animal et ce, avant même l’obtention de mon diplôme. En effet, si l’on observe un peu dans notre quotidien l’impact de l’animal auprès de notre entourage plus ou moins proche ou encore lors de sorties, force est de constater que ce dernier est vecteur de communication d’abord.
Combien sommes-nous à avoir eu un moment d’échange avec un inconnu dans la rue nous interpelant pour parler du chien que nous promenons (et finalement de son histoire avec son propre animal de compagnie) ?
Mais l’animal est aussi avant tout une source de motivation et de joie pour de nombreuses personnes. En effet, la personne âgée va plus facilement se mettre en mouvement pour sortir son chien ou son chat par exemple ; le tout petit va chercher à se déplacer pour entrer en contact avec son animal ou être attiré et éveillé par les couleurs des poissons de son aquarium ou encore par le chant de l’oiseau et ses couleurs.
Bref, je pourrais donner de nombreux exemples encore, mais en voyant cela et en le mettant en lien avec mon métier, j’ai tout de suite pu me projeter en séance de psychomotricité avec des animaux car ces derniers sont clairement un atout pour aborder la motricité, la sensorialité ou encore la communication.
Aujourd’hui, j’ai de nombreux accompagnements où l’animal n’est pas présent. En effet, le but de la médiation par l’animal n’est pas de la mettre à toutes les sauces !
Lorsque l’animal est intégré en séance ou qu’un groupe est mis en place en psychomotricité assistée par l’animal, c’est que cela aura, à mon sens, mais aussi selon l’ensemble de l’équipe pluridisciplinaire, une réelle plus-value sur la prise en charge.
Dans mes séances, l’animal notamment le chien pour le moment, peut avoir plusieurs rôles selon les besoins et les objectifs thérapeutiques des personnes accompagnées.
Il peut faire tiers, favoriser la relation et la communication, stimuler, donner l’envie de participer aux différents exercices de motricité, responsabiliser, valoriser, apaiser, aider à réguler les émotions et bien d’autres choses encore !
Lors des séances, le chien n’est pas forcément stimulé dans le sens où il n’est pas toujours sollicité lors des exercices mais sa simple présence permet souvent de réguler les émotions et est source de motivation et d’échanges.
Lors des premières séances, il s’agit avant tout d’une rencontre, d’une découverte où chacun apprend à connaître l’autre pour pouvoir au fil du temps créer la relation et développer une réelle alliance thérapeutique.
Un élément important, je dirais même primordial, lors de ces séances est de garder en tête et de respecter la notion de choix de chacun que ce soit pour l’enfant ou pour l’animal. On n’amène pas de positif en imposant ou en négligeant les messages que l’on nous envoie.
Pour autant, le cadre reste important et il y aura, comme partout des règles à respecter pour bien travailler ensemble.
Les bénéfices observés sont nombreux. L’animal amène une réelle dynamique : il aide les enfants inhibés à s’affirmer et, à l’inverse, invite les plus agités à se poser pour capter son attention. Il favorise le dialogue, rend la communication plus spontanée et met en confiance, ce qui permet aux jeunes d’oser davantage les exercices. L’animal responsabilise, valorise et encourage à prendre en considération les besoins de l’autre. Il facilite aussi la participation active : les enfants prennent des initiatives, coopèrent, développent leur patience et leur persévérance, car avec un animal, on ne réussit pas toujours du premier coup. Sa présence apaise, soutient l’expression des émotions et rend les séances particulièrement motivantes.
Je tiens toutefois à rappeler que l’animal n’est pas « magique ». Pour qu’il puisse apporter autant, il faut veiller à son bien-être, à son rythme et respecter son choix de participer. Tous les animaux ne sont pas adaptés à la médiation : ils doivent être spécifiquement éduqués, et leur personnalité parfaitement connue. La médiation par l’animal ne s’improvise pas.
Ce qui me motive au quotidien dans mon travail, c’est avant tout les rencontres et les relations humaines qui en découlent, notamment avec les personnes accompagnées, mais aussi avec l’équipe pluridisciplinaire.
J’aime le fait de devoir réfléchir et remettre en question mon accompagnement pour l’ajuster au mieux aux besoins des uns et des autres.
De plus, le métier de psychomotricienne est une réelle chance car il permet une diversité d’approches, de médiateurs qui sont autant d’occasions d’éventuellement nous former et de proposer des activités qui nous correspondent pleinement et qui facilitent donc l’impact positif dans les accompagnements thérapeutiques.